30.09.2006

Les constructions sont majoritairement réalisées dans l'informel

Les professionnels de l'habitat appellent à la création d'une carte professionnelle

Le secteur de l'habitat est touché par la gangrène de haut en bas. Sur des chantiers travaillent des ouvriers en grande majorité sans qualification, des bureaux d'étude qui n'en ont que le nom, des architectes payant leur personnel au noir et bon nombre de maisons sont construites sans plan. «Voilà comment nos maisons tombent en ruine dix ans après leur construction. Aujourd'hui, le secteur de l'habitat est mal parti, car 80% des constructions sont réalisées par le secteur informel.

Par ailleurs, l'anarchie continue de se développer autour dans nos villes tandis que les autorités assistent indifférentes à ce spectacle. Il est temps que les pouvoirs publics assument leurs responsabilités et remettent les choses dans en ordre», ont lancé les professionnels de l'habitat, réunis en septembre dernier à Rabat lors d'une journée d'étude et d'information sur le thème : Qualité, sécurité et durabilité dans le secteur de l'habitat.

Un rendez-vous qui a vu la signature en présence du Premier ministre Driss Jettou ainsi que du ministre délégué chargé du Logement et de l'Urbanisme, Ahmed Taoufiq Hejira, d'une convention pour la création du Centre national de recherche de l'habitat (CNRH), la la présentation de la charte de l'industrialisation, ainsi que celle de la normalisation du secteur de l'habitat.

Cette journée d'information pour les acteurs de cette corporation est devenue d'autant plus nécessaire qu'on approche de 2011, année qui verra l'abolition des droits de douane et l'arrivée de nouveaux opérateurs étrangers dans ce secteur. "Actuellement, il y a un engouement pour le Maroc. Plusieurs investisseurs étrangers débarquent à notre ministère et veulent des garanties avant de se lancer dans quoi que ce soit. Ils nous posent des questions notamment sur les normes marocaines. Mais il faut le reconnaître, notre pays a pris du retard dans ce domaine", a lancé Ali Guédira de la Direction technique de l'habitat (DTH) et responsable du projet CNRH.

Mais en attendant que les choses voient le jour, les participants en ont profité pour débattre et dénoncer la situation dramatique dans laquelle se trouve cette profession. Quant aux solutions envisagées, certains ont proposé d'aller à la rencontre de ces petits patrons travaillant dans l'informel pour les inviter à venir discuter de la réorganisation de la filière.

D'autres ont préconisé la mise en place d'une carte professionnelle comme celle qui existe dans d'autres professions. «Nous devons faire preuve d'imagination pour réduire ce fléau qui nous coûte très cher et qui porte préjudice à notre paysage urbain. La journée du 12 septembre fut une démonstration de synergie entre la puissance publique, les organisations professionnelles et le secteur privé pour une meilleure organisation de l'acte de bâtir. Cela consiste à canaliser cette dynamique de l'informel sur les plans de la formation professionnelle, de la réglementation et de la responsabilité vers le secteur formel», a expliqué Abdelhay Bousfiha, secrétaire général du Conseil national de l'habitat et de l'urbanisme.

Des invités présents ce jour-là ont interpellé les responsables du projet de CNRH. «On nous annonce la création d'un nouveau centre de recherche sur l'habitat. Quel sera le statut de ce nouveau-né et qui le financera ? Ne sera-ce pas un centre de plus ?, a lancé un invité. Mais la quasi-totalité des professionnels s'est mise d'accord pour que le nouveau centre soit fait par des professionnels pour des professionnels et soit doté d'un statut privé financé par les entreprises. «Au Japon, la recherche est financée à hauteur de 70 % par le secteur privé, alors qu'elle atteint à peine les 10% au Maroc», a lancé un participant.

Organiser, rationaliser et responsabiliser ont été les mots d'ordre pour mettre fin à la situation alarmante du secteur caractérisée par «un déficit en logements sans cesse croissant, estimé fin 2002 à près de 700 000, et un sous-équipement qui concernait à la même période, près de 540 000 ménages habitant des quartiers non réglementaires».

Que faire ? Il est temps, ont dit les experts, de mettre en place une stratégie qui passe par l'accroissement de la productivité et qui réduise au plus vite les coûts de construction.

En effet, l'emploi de grands panneaux produits dans des usines de préfabrication et la rationalisation ou la mécanisation des opérations de finition, ont permis dans les pays européens de réduire le coût des travaux de moitié ou des deux-tiers par comparaison à la construction de type traditionnel. De même, les promoteurs ont proposé l'utilisation des énergies renouvelables pour alléger notre facture énergétique nationale tout en favorisant la maintenance immobilière. «Le secteur de l'habitat consomme 40% de l'énergie. Par ailleurs, nous parlons souvent de l'art de construire, mais nous oublions une chose importante dans ce domaine, c'est la maintenance immobilière», a rétorqué un autre participant.

Enfin, David Toledano, vice-président de la Fédération des matériaux de construction a exhorté l'ensemble des acteurs de la profession à opter pour davantage de professionnalisme : «Je demande aux différents opérateurs de notre filière de se montrer de plus en plus professionnels pour mettre fin au dicton populaire qui dit que “nous ne vendons notre première maison qu'à notre pire ennemi”».

Salon international du Bâtiment du 22 au 26 novembre 2006

La XIe édition du Salon international du bâtiment et la IIe édition de «Convergence urbanisme- habitat 2006» se tiendront du 22 au 26 novembre prochain à Casablanca sur le thème : «Partenariat dans l'immobilier». L'Espagne sera le pays hôte de cette édition.

L'objectif attendu de ce rendez-vous est la mise en application des programmes de l'Initiative nationale de développement humain (INDH), ainsi que des grands chantiers ouverts aujourd'hui par le ministère délégué chargé de l'Habitat et de l'Urbanisme.

Rachid Tarik/ LE MATIN