4 janvier 2006
Tourisme et urbanisme
par Abdelkader Abbassi (1)
Deux mots étymologiquement différents, mais significativement font un tandem. L’un accompagne l’autre.
Le tourisme est le plaisir que procure la satisfaction de la curiosité de découverte de ce grand monde auquel nous appartenons. Les grandes capitales, Rome, Paris, New York, Londres et d’autres lieux célèbres stimulent nos pensées et nos rêves. A travers ces noms, il y a des cultures qui se traduisent et se manifestent dans des comportements vestimentaires, linguistiques, culinaires, artistiques et les signes les plus probants se reflètent dans l’urbanisme et l’architecture. Pensez à Paris et votre vision vous précède dans l’évocation de la Tour Eiffel, l’Arc de triomphe, etc.
Rome ferait venir à votre esprit le Vatican, les monuments historiques et l’ordonnancement de la ville elle-même. Autant pour Londres où on voit l’architecture des maisonnettes de six mètres de façades avec des toits en tuiles, alignées démocratiquement dans tous les quartiers, pauvres ou riches: juste quelques traitements de façades peuvent vous guider à faire la différence. Buckingham palace et les parcs vous parlent de cette vieille civilisation.
New York est un défi au gigantisme qui s’exprime par ses gratte-ciels autant que Hong Kong, Dubai, Changai. Chaque ville, à travers son urbanisme, vous raconte toutes les étapes de son histoire. Ce désir d’évasion et de découverte des autres mondes trouve sa raison dans la recherche des spécificités et différences. La nature et les climats aident à ce clivage en plus des considérations économiques.
Le visiteur de Marrakech est ébahi par les paysages de la nature et de l’urbanisme. Un ciel bleu, une palmeraie verte, rappelant les oasis du désert, des montagnes enneigées des pays du nord constituant un mur blanc en fond de toile, les remparts et agglomérations ocres, une luminosité éblouissante, le tout donnant à ces contrastes une vraie splendeur. Les potentialités touristiques de notre pays sont indéniables et inestimables aussi bien le long du littoral que de notre désert et des montagnes des deux Atlas.Ibn Khaldoun avait écrit dans ses récits, le Maroc, pays des grandes variétés, plaines, montagnes, déserts, fleuves, océans, forêts, toutes sortes de végétations, de légumes et de fruits. Pour la faune il avait énuméré tous les animaux et avait conclu par les gazelles et même le lion. Après ces grands traits caractéristiques, le touriste dans son quotidien continue son exploration à l’hôtel, le boulevard, la rue, le monument, la médina, la place etc; son enchantement se confirme ou se nuance au fur et à mesure de son séjour.
· Simplicité et harmonie
Plus une ville ou village sont ordonnés sur le plan urbanistique et architectural, propres, verdoyants, sans embouteillage, vacarme et pollution des circulations, plus ils sont accueillants aussi bien pour le touriste que pour le citadin. Les vieux quartiers d’Asilah, Chaouen et d’autres avec leurs petites constructions modestes et leurs ruelles, le tout chaulé faisant ressortir les menuiseries bleues et quelques pots de géranium constituent un réel et agréable dépaysement.
La beauté est beaucoup plus symbolisée dans la simplicité et l’harmonie. La pauvreté est un facteur économique conjoncturel; la propreté et l’harmonie font partie de notre culture qu’il est nécessaire de rappeler.
Notre artisanat en est témoin. Un effort dans ce sens nous serait salutaire. Pour atteindre les objectifs de l’an 2010 avec les dix millions de touristes et pourquoi pas vingt millions à l’horizon 2020, nous devons revoir en totalité les politiques nationales de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’environnement. C’est une et même problématique. Le tourisme est un vecteur de développement par excellence. Les économistes donnent régulièrement des statistiques sur les emplois directs et indirects créés par chaque lit d’hôtel, les apports en devises par touriste et la croissance du PIB qui en découle. L’Espagne, en quarante années a pu atteindre les cinquante millions de touristes.
Les capitaux étrangers notamment espagnols, français, anglais, américains et surtout arabes qui s’intéressent à ce secteur sont des signes clairs des potentialités de notre pays. La vision et les actions du Souverain dans le domaine du développement ont favorisé cette tendance. Une volonté politique confirmée chaque semaine par la plus haute autorité du pays.
Nous devons être conscients de cette richesse pour accompagner son épanouissement avec efficacité.
Nous sommes appelés à réécrire notre urbanisme. Le Maroc, à travers ces investissements étrangers, est en train de se donner les moyens de ses politiques.
Dans cette nouvelle approche il y a la sagesse qui conduit à entretenir ce que nous possédons en attendant d’avoir mieux.
Nos conseils de villes ont pour mission principale la gestion de leurs agglomérations: les infrastructures de base, assainissement, eau potable, voirie, électrification, éclairage public, espaces verts, équipements sociaux et leur entretien. Chaque quartier doit avoir son planning des travaux de mise à niveau suivant son état et spécificités. Tous les travaux d’entretien doivent être concédés à des sociétés privées y compris le nettoyage, la réfection périodique des chaussées et trottoirs, les espaces verts à créer ou à entretenir. Les bâtiments délabrés peuvent être réparés par les conseils aux frais des propriétaires défaillants. L’intérieur des immeubles est un domaine réservé aux propriétaires, les façades sont un bien commun. Cette dynamique est indispensable à l’accompagnement du plan Azur. Tout espace, dont les équipements en quantité et qualité sont aux normes doit être déclaré «espace touristique» aussi bien pour les nationaux que pour les étrangers.
Des concours de meilleurs sites avec octroi de primes conséquentes doivent être organisés pour sensibiliser les conseils. Un moyen d’encouragement et d’aide aux plus méritants. Les élaborations et approbations des schémas directeurs doivent être activées pour éviter les spéculations et le renchérissement du foncier qui font le bonheur du clandestin et du bidonville.
La prudence ne doit pas être confondue avec la paralysie stoppant les actions et les efforts. Les tensions existent et leur résolution se fait à travers le légal ou l’illégal suivant les cas. L’urbanisme est la science par excellence de la prévision, de l’anticipation et de la prospective. Si nous cumulons des quartiers clandestins et bidonvilles, ceci veut dire que la planification et les vitesses des réactions étaient en deçà des réalités. Des solutions doivent être trouvées au foncier urbain non bâti pendant des décades. L’Etat et la société sont pénalisés dans tous ces cas par l’équipement et l’habitat des quartiers nouveaux éloignés en laissant en friche des terrains de proximité. Une écriture de l’aménagement du territoire est en train de prendre forme avec Tanger Med, Jorf Lasfar, le plan Azur, Agadir, Laâyoune, Dakhla et d’autres potentialités. C’est le début du développement régional. L’Etat doit encourager les régions à élaborer des plans de développement quinquennaux chiffrés pour établir avec elles des contrats programmes. Chaque région doit évaluer ses potentialités et proposer à l’Etat sa vision. La coordination au niveau central accompagnera ces politiques qui se traduiront par un rééquilibrage du territoire prémice à de meilleures conjonctions pour les Marocains. Le cadre oujdi, gadiri, tétouanais pourra développer sa carrière dans sa région et contribuera ainsi à son développement. L’axe Casablanca- Kénitra a polarisé depuis des décennies tout le territoire.
L’urbanisme et tourisme font finalement partie de ce kaléidoscope du développement où tout est lié.Le pari des villes nouvelles
En ce qui concerne les pressions sur les villes à croissance économique soutenue telles que Casablanca, Marrakech, Tanger,Tétouan, Agadir et bientôt d’autres, il est nécessaire de continuer les créations de villes nouvelles afin de diminuer les pressions des exodes qui dénaturent ces villes. Ces dernières, outre l’habitat, doivent disposer d’équipements socioprofessionnels et semi-industriels pour éviter les villes dortoirs avec leur sombre aspect. Tamansourt et Tamesna avec des plans d’intégration sont à reproduire à Casablanca, Tanger, Tétouan, Agadir, Fès, Mekhnès, Oujda. Une attention particulière doit être accordée aux connexions et transports en commun pour une bonne mobilité des citoyens.
· L’intérêt d’une agence nationale
Une Agence nationale pour l’aménagement du territoire serait la bienvenue pour aider les régions à façonner leurs plans de développement et coordonner, sous la coupe du Premier ministre les politiques régionales et sectorielles des ministères afin de définir les actions d’une meilleure répartition spatiale des richesses nationales. Une autre manière de traiter l’INDH par le haut.
Cette même agence prendrait pour base de scénarios les conclusions et rapports du conseil économique et social. Cette institution serait d’un grand apport intellectuel et stratégique dans le domaine économico-social, compte tenu de la valeur et des compétences des cadres partisans et de la société civile qu’elle peut intégrer. Ses travaux orienteraient le débat sur les politiques de développement.
Il est nécessaire que le pays, dans ce grand mouvement, s’appuie sur cet élément de référence. C’est un conseil de réflexion, de débat et de proposition. Il constituera une plateforme de discussion et de comparaison aussi bien pour l’exécutif que le législatif.
(1) Président du Groupe Namet Développement,
ancien président du conseil municipal